Le septième ciel

La porte du paradis

Atteindre le nirvana est le rêve de tout néophyte. Et la promesse de la plupart des initiations, qu'elles soient tantriques ou non, car cela ne se refuse pas ! Tout le monde cherche un bonheur durable, car toute vie comporte des moments de malheur, plus ou moins certes selon les personnes et les périodes, mais en aucun cas, elle ne peut s'apparenter à ce fameux nirvana... qu'il faudrait encore arriver à définir, autrement que négativement (absence de malheur, de souffrance, d'angoisse, etc.) 

Une première approche consiste à partir d'un moment vécu de grand bonheur (rencontre amoureuse, succès à un examen, naissance d'un enfant, récompense...) et d'imaginer que ce moment fugace dure éternellement. Vous remarquez déjà qu'il faut mettre la vie "normale" de côté, puisque toute vie comporte des aléas, le plus évident étant qu'elle est limitée dans le temps puisqu'elle aboutit à la vieillesse puis à la mort. Les ascètes et mystiques, qui disent avoir atteint un état de béatitude ont tous, d'une manière plus ou moins absolue, refusé la vie sociale, brisé toute attache familiale, refusé tout plaisir, méprisant leur propre corps pour ne plus se préoccuper que de leur esprit, entrant de leur vivant dans l'au-delà. Ils ne s'en sont jamais plaints, mais leur expérience reste ineffable. Rien de ce qui est terrestre (l'amitié, l'amour, la nourriture, la musique, les arts, l'argent...) n'ouvre les portes de ce nirvana, car ces plaisirs sont limités dans le temps et génèrent la plupart du temps plus de soucis qu'ils n'apportent de satisfactions. Le chemin de ceux qui se retirent du monde est si rude que beaucoup sont incapables de le suivre, et certaines spiritualités indiennes expliquent qu'il faut plusieurs vies pour y parvenir. De plus, cette aventure ne peut pas être généralisée, au risque de détruire la société, voire l'humanité : sans procréation, comment assurer sa survie ? Les drogues donnent aussi le sentiment d'entrer dans le nirvana, mais elles ne font qu'agir sur un esprit et un corps passifs qui, incapables de fonctionner normalement, ne peuvent qu'en subir les contraintes, un peu comme lors d'une anesthésie où l'on se trouve "déconnecté" ; les drogues entraînent une dépendance extérieure totale. Lorsqu'il en est privé, l'être humain n'est que souffrance, incapable de faire quoi que ce soit. Leurs effets dévastateurs détruisent peu à peu l'organisme. Or sans organisme... pas de vie, et pas de nirvana !

 

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La sexualité est un autre moyen de concevoir ce nirvana. En effet, elle génère un plaisir si intense que le nirvana s'apparenterait à un orgasme infini. Les extases des saints ou des saintes sont de cet ordre, et le vocabulaire qu'ils emploient, comme leur représentation dans l'art, en rendent parfaitement compte. Mais le plaisir sexuel est fugace, et des voies comme le tantrisme, ou le taoïsme (très proches l'une de l'autre), visent à le maîtriser afin de le prolonger. Tout plaisir est généré puis développé par le cerveau, ce qu'illustre parfaitement  le "coup de foudre" : chacun trouve alors en l'autre une image de la perfection, gommant inconsciemment tout ce qui pourrait provoquer la moindre fissure. La sexualité ouvre alors des horizons illimités et des sensations de plaisir inédites. Le moindre contact peut susciter un orgasme. Que cette passion s'épuise pour une raison ou une autre, et l'amant(e) extraordinaire perd tout pouvoir. Alors que physiquement personne n'a changé, l'esprit a éloigné les corps et dissipé les sensations. Tout redevient banal, presque fastidieux. Certes, de nouveaux sentiments comme la tendresse peuvent naître pour assurer la survie du couple, mais force est de constater que "ce n'est plus comme avant". Le cerveau ne secrète plus ces hormones qui enchantaient le corps.

Le tantra ne prétend pas créer l'amour éternel. Mais, en agissant sur l'esprit, il veut faire rayonner un plaisir issu des zones érogènes dans l'ensemble du corps, et ainsi le prolonger, voire le multiplier. Cela ne se produit pas du jour au lendemain, mais cette voie est plus facile à suivre que celle des ascètes, et ne demande pas d'engager l'ensemble de sa vie, permettant d'entrenir des relations familiales et sociales. Pour qui est en quête du nirvana, il ne s'agit que d'une étape, une sorte d'avant goût de ce qui ne s'obtient qu'avec d'autres exercices... et des efforts. Le tantra offre donc la possibilité de procéder pas à pas, et d'oublier pour un temps limité les aléas de la vie quotidienne, alors que d'autres chemins impliquent un engagement total. Encore ne faut-il pas confondre l'amour, riche de liens affectifs, et le plaisir, qui en est dénué. Le tantra ne cherche pas à établir une relation amoureuse entre deux êtres. Il veut leur apporter un plaisir intense.

Le but du massage tantrique est d'amener à une décontraction profonde qui fait oublier le passé, le futur, pour ne plus vivre qu'au présent : comment se détendre pleinement en pensant à une fin de mois difficile ou à un  bonheur... à venir ? Le cerveau déconnecté de ses préoccupations habituelles ne se concentre que sur ce que le corps lui transmet : des sensations agréables. Cet état de vacuité de l'esprit et de délassement du corps permet à l'énergie de circuler plus librement, et de ressentir beaucoup plus intensément le moindre plaisir. Est-ce le nirvana ? Ce serait beaucoup dire, et bien d'autres exercices sont nécessaires pour accéder à cet état. Même si le tantrisme dit que cela peut arriver subitement, comme une illumination, sans que cela ne soit ardemment recherché.

De toute manière, la décontraction ne peut faire que du bien. La recherche forcenée du plaisir absolu pour lui-même est condamnée à l'échec. Alors que l'ascète suit seul son chemin, à la rigueur guidé par un maître, le tantrisme se pratique plus facilement à deux, voire plus, dans la mesure où les énergies, loin de se contrarier, ne font que s'enrichir les unes les autres ; cette union des énergies est une autre clé du tantrisme. Le sentiment de plaisir reste évidemment personnel, mais la pluralité enrichit les moyens d'y parvenir.

 

 

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